Bujumbura, Rohero, Quartier INSS, avenue Source du Nil nº 10

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Confection de listes électorales sensibles au genre

Confection de listes électorales sensibles au genre

Sous le thème « Confection de listes électorales sensibles au genre », le BLTP a organisé un atelier dans le cadre du projet « Women Leadership and Participation for Peace » (LEAP4Peace). Cet atelier tenu à Gitega le 30/10/2024 a réuni des responsables provinciaux des dix partis politiques (ou leurs délégués) qui ont eu plus de voix aux élections de 2020 et qui se sont montrés présents dans toutes les communes du pays (CNDDFDD, UPRONA, CNL, FRODEBU, FNL, UPD, RANAC, CODEBU, APDR, CDP), auxquels se sont ajoutés les  cinq partis dirigés par des femmes (PML-ABANYAMWETE, FROLINA, RPB NTURENGANYWE, KAZE FDD et ADR).

Le facilitateur de l’atelier a commencé par expliquer aux participants les dispositions du code électoral relativement à la  confection des listes électorales pour les candidats députés, les candidats à l’élection des conseillers communaux pour terminer par les dispositions légales en rapport avec les élections collinaires. Pour les élections communales et législatives, il a rappelé que les candidats se présentent sur les listes bloquées constituées par les partis politiques ou les coalitions des partis politiques et qu’elle doit tenir compté de l’équité genre. Selon le code électoral (article 127 et 183), pour trois candidats inscrits qui se suivent sur une liste, un au moins doit être une femme. Quant à ce qui est des élections collinaires, il a rappelé aux participants que les conseillers de colline ou de quartier ne sont pas élus sur base des listes des partis politiques et que tous les candidats se présentent à titre d’indépendants (article 170). Les participants à l’atelier étant des membres des partis politiques, l’atelier s’est alors concentré sur la confection des listes des candidats aux élections législatives et communales.

En se référant aux dispositions du code électoral, le facilitateur a montré aux participants les positions possibles des candidats féminins sur les listes électorales. En tenant compte du fait que pour trois candidats qui se suivent, un au moins doit être une femme, le facilitateur a invité les participants à réfléchir sur les positions possibles qu’une femme peut occuper sur une liste électorale. Après les échanges, les six positions possibles retenues sont i) HHF, ii) HFF, iii) FHH, vi) FHF, v) HFH, et vi) FFH (avec H : Homme, et F : Femme). Tous les participants qui se sont exprimé ont précisé que la combinaison qui est presque toujours rencontrée sur les listes électorales est HHF.  Une partie des participants (en majorité des femmes) ont affirmé que le fait qu’on a presque toujours cette combinaison montre que les femmes sont discriminées par les hommes,  tandis qu’une autre partie (en majorité des hommes)  ont affirmé qu’elles n’ont pas assez de compétences pour concurrencer les hommes. Les participants ont reconnu que même sur les rares listes où les femmes occupent la première ou la deuxième position, on a toujours une femme pour deux hommes (FHH et HFH) alors que le code électoral n’empêche pas d’avoir deux femmes pour un homme. Les participants sont alors arrivés à la conclusion que les listes électorales des partis politiques ne sont pas sensibles au genre et sont inéquitables envers les femmes. Il faut par ailleurs noter que dans ces conditions, il n’est pas du tout garanti d’avoir le minimum des 30% de femmes exigés par la Constitution dans ces instances à l’issue des élections. En effet, si une liste électorale obtient 4 ou 8 candidats, la liste ayant adopté la combinaison HHF qui est la plus fréquente n’aura pas les 30% de femmes requis. Au final, il faudra passer par la cooptation pour respecter cette disposition constitutionnelle, ce qui fait entrer dans ces instances des candidats qui se sentent ou sont considérés comme moins légitimes que ceux qui ont plébiscités par les urnes.   

Les  participants ont alors été amenés à réfléchir sur le type de listes électorales qui devraient être adoptées pour être plus équitable envers les femmes et favoriser l’atteinte des 30% à l’issue des élections.  La majorité d’entre eux jugent que, la combinaison HHF ne devrait plus être considérée comme la norme, et il faudrait plutôt favoriser des combinaisons plus sensibles au genre telles que FHH, HFF, FHF, HFH ou FFH.

Le facilitateur a alors animé une discussion qui a amené les participants à relever un certain nombre d’obstacles à la participation effective des femmes dans les partis politiques, et notamment à la confection par ces derniers  de listes électorales sensibles au genre. Un accent particulier a  été mis sur les constructions sociales qui relèguent les femmes au deuxième rang par rapport à aux hommes. Cela fait que pour beaucoup d’hommes, c’est humiliant d’être au second rang après une femme, tandis que la majorité des femmes acceptent leur statut d’infériorité comme étant normal. Ainsi,  la majorité des  membres les plus influents des partis politiques qui sont surtout  des hommes se protègent contre cette humiliation en confectionnant des listes électorales non sensibles au genre, s’assurant juste de faire le minimum requis pour se conformer au code électoral.

A l’issue des échanges, un certain nombre de recommandations ont été formulées :

  • Il faudrait mener des actions de sensibilisation à l’endroit des femmes pour qu’elles soient plus motivées à élire et à se faire élire ;
  • Il serait utile d’organiser des formations sur la masculinité positive à l’intention des hommes membres des partis politiques en vue de les pousser à ne plus considérer comme une humiliation le fait de voir des femmes devancer des hommes et à accepter que des femmes compétentes se retrouvent dans des positions avantageuses sur les listes électorales;
  • La participation aux campagnes électorales exige des moyens financiers difficiles à réunir pour la femme burundaise (surtout rurale) qui dépend financièrement de son mari. Les femmes doivent être renforcées en entrepreneuriat et bénéficier de crédits à hauteur de leurs capacités pour lancer des activités génératrices de revenus ;
  • Pour avoir des listes électorales sensibles au genre, les partis politiques doivent mettre en place des organes dirigeants sensibles au genre. Pour cela, les règlements internes des partis politiques doivent être sensibles au genre et inclure des normes qui garantissent la représentation équitable des femmes dans les organes dirigeants.
  • La femme burundaise qui se lance en politique est souvent victime de jugements subjectifs qui s’accentuent surtout durant les campagnes électorales et sa vie privée est toujours mise en avant, souvent de façon calomnieuse, pour évaluer ses compétences et la fiabilité de ses promesses. Pour éviter de donner de faux prétextes de la calomnier à certains de ses détracteurs, la femme doit avoir un comportement exemplaire dans sa vie privée (familiale) et politique.

En conclusion, le facilitateur a conseillé aux femmes qui ont participé à l’atelier d’être actives dans leurs partis politiques respectifs et de ne pas attendre la période électorale pour se manifester. Il a précisé que leurs réclamations pour des listes électorales sensibles au genre ne seront prises en considération que s’il existe dans leurs partis politiques des femmes qui méritent de par leur participation active d’occuper des positions utiles sur les listes électorales, parce qu’elles ne seront pas bien positionnées sur ces dernières simplement parce que ce sont des femmes.